Actualités

Rentrée 2026 — Événement

Yoga — Rentrée

Séance découverte, vendredi 4 septembre

Vendredi 4 septembre, de 18 h à 20 h 15, l’association Mandawa ouvre ses portes pour une soirée découverte du yoga, portée à deux voix par François et Florence. Une rentrée sans mot d’ordre héroïque : simplement retrouver le souffle, l’équilibre et le goût d’être pleinement là.

4 sept.vendredi, à Nice
18 h — 20 h 15deux heures et quart
Mandawa18 rue Édouard-Scoffier, 06300
Débutantsaucune expérience préalable requise

Poser l’arc

Les yogis connaissent depuis longtemps ce moment où l’élan se dérobe : vishada, l’abattement qui saisit Arjuna au seuil de la Bhagavad-Gîtâ. Debout sur son char, au milieu du champ de Kurukshetra, il pose son arc : trop de tumulte devant lui, trop d’incertitude, plus aucune envie de repartir au combat. Krishna ne lui promet pas un monde plus simple ; il lui apprend à agir autrement, depuis un point d’équilibre qui ne dépend ni de l’agitation extérieure ni de la victoire attendue. Toute rentrée possède un peu de ce vertige : il faut reprendre le mouvement avant même d’avoir retrouvé son centre.

Deux approches, un même fil

C’est précisément à ce point que commence le yoga : non comme une fuite hors du réel, mais comme une manière plus juste de l’habiter. De 18 h à 20 h 15, François et Florence proposeront deux approches complémentaires, reliées par un même fil : revenir au corps, laisser le souffle remettre de l’espace là où tout se resserre, puis retrouver une stabilité qui ne soit ni raideur ni immobilité. Le Hatha Yoga y déploiera son art des polarités — Ha, le soleil, et Tha, la lune — tandis que les pratiques proposées permettront à chacun d’expérimenter, à son rythme, plusieurs chemins vers une même présence.

Aucune souplesse particulière, aucune expérience préalable, aucun costume de yogi ne sont requis. Il suffit de venir avec une tenue confortable et la curiosité de consacrer deux heures et quart à autre chose qu’aux notifications, aux listes de tâches et aux bonnes résolutions déjà épuisées. Le yoga ne promet pas d’arrêter le vacarme du monde ; il propose, plus modestement et peut-être plus utilement, de ne pas lui abandonner tout l’espace intérieur.

Deux heures et quart — Il aura fallu dix-huit chants à Krishna pour remettre Arjuna en mouvement. Mandawa dispose de deux heures et quart : ce ne sera pas une révélation cosmique, mais cela peut suffire pour poser l’arc, dérouler le tapis et recommencer autrement.

Informations pratiques

Séance découverte Yoga — vendredi 4 septembre, de 18 h à 20 h 15.
Avec François et Florence — Association Mandawa, 18 rue Édouard-Scoffier, 06300 Nice.
Tenue confortable conseillée, aucune expérience préalable requise.

Tous les renseignements sur le site de l’association Mandawa

« À la vie, à la mer, dit le tee-shirt. À la vie, au tapis, répond la rentrée. »

Rentrée 2026 — Chronique EDHEC

Le monde que vous allez diriger ne tient pas dans un tableur

Pourquoi le cours dispensé n’a rien d’une option de culture générale

Un tableur calcule des marges ; il n’a jamais vu venir un embargo, un blocus numérique ou un char d’assaut. Trente ans après la « fin de l’Histoire », la géopolitique revient cogner à la porte des conseils d’administration — et les écoles de commerce, qui avaient rangé la carte du monde au grenier, doivent réapprendre à la lire.

65conflits armés actifs en 2025, un record depuis 1945
117 millionsde personnes déplacées de force la même année
17,3 %tarif douanier moyen des États-Unis mi-2026, contre 2,4 % un an plus tôt
90 %des puces les plus avancées sortent d’une seule usine, à Taïwan

Francis Fukuyama en avait fait un livre culte, aussitôt cité dans tous les amphis de sciences po et de commerce : le monde serait désormais plat, interconnecté, régi par le marché et par la raison — la géographie réduite à un détail logistique, la politique à une ligne dans les « risques annexes » du business plan. Trop de générations de futurs cadres ont ainsi appris à lire un bilan, un chiffre d’affaires, un tunnel de conversion. Personne ne leur a appris à lire une carte.

Ce texte n’est pas un plaidoyer pro domo pour deux années de cours. C’est un constat : la violence n’a jamais pris sa retraite, elle a seulement changé de costume. Encore faut-il, pour la voir venir — dans un board, une chaîne d’approvisionnement ou un fil TikTok —, savoir la lire dans ses trois langues.

Coup n° 1 — La violence qui se voit

Johan Galtung, sociologue norvégien fondateur des études sur la paix, distinguait dès 1969 trois visages de la violence. Le premier est celui qu’on filme : la violence directe, celle des armes. Carl von Clausewitz l’avait résumée dès 1832 dans une formule devenue proverbiale à force d’être vraie — « la guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens ». En 2025, la planète a battu un record qu’on croyait enterré avec le siècle dernier : 65 conflits armés actifs, un sommet inédit depuis 1945, et 117 millions de personnes chassées de chez elles. Taïwan, qui fabrique à elle seule 90 % des semi-conducteurs les plus avancés au monde, reste le point du globe le plus surveillé par tous les états-majors — otage de la dynamique que l’universitaire américain Graham Allison a baptisée le « piège de Thucydide » : quand une puissance dominante voit son rang disputé par une puissance montante, l’Histoire, statistiquement, tourne mal. Sparte contre Athènes, hier ; Washington contre Pékin, aujourd’hui.

Demandez à Carlsberg. Le brasseur danois pensait gérer une usine en Russie ; il gérait, sans le savoir, une position géopolitique. En juillet 2023, Moscou place sa filiale Baltika sous contrôle de l’État par décret présidentiel. Bilan à l’arrivée : 5,47 milliards d’euros de pertes actées sur l’exercice 2023, et un PDG qui qualifie publiquement l’opération de « vol ». Le cours de commerce international ne l’y avait pas préparé. Le cours de géopolitique, si.

À retenir — La violence directe n’a jamais quitté le monde. Elle a seulement quitté les radars du savoir.

Coup n° 2 — La violence qui ne dit pas son nom

Le deuxième visage du triangle de Galtung ne tire jamais un coup de feu : c’est la violence structurelle, celle des rapports de force qui privent, sans bruit, des populations ou des entreprises entières de ce dont elles ont besoin. En 2026, sa grammaire, c’est le tarif douanier. Le taux moyen appliqué par les États-Unis à leurs importations est passé de 2,4 % à 17,3 % en huit mois. Apple fabrique encore 90 % de ses iPhone en Chine : un iPhone 17 pourrait coûter jusqu’à 40 % plus cher à produire à cause d’une ligne dans un décret que Tim Cook n’a pas signé. Il n’a jamais tiré une seule cartouche. Il navigue quand même en zone de guerre.

Ajoutez la dédollarisation partielle des BRICS+ — 35 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, excusez du peu — et une Chine qui contrôle plus de 80 % du raffinage mondial des terres rares : le lithium et le cobalt sont un peu les épices de Dune, en moins photogénique. Qui tient le désert tient l’Empire ; qui tient l’usine de raffinage tient la voiture électrique. Les chercheurs Henry Farrell et Abraham Newman ont un nom pour ce basculement : l’« interdépendance armée ». Le libre-échange, cette promesse de paix perpétuelle chère aux libéraux du XIXe siècle, est devenu l’arme préférée de la rivalité des puissances.

Info — On appelle ça la géoéconomie. Ce n’est pas un module optionnel : c’est la grammaire dans laquelle s’écrivent, désormais, tous les plans stratégiques.

Coup n° 3 — La violence qu’on ne voit jamais venir

Reste la plus sournoise des trois : la violence culturelle — celle qui rend l’autre acceptable, le récit qui légitime, l’algorithme qui trie ce qui mérite votre indignation. Max Weber définissait l’État comme la seule institution en droit d’exercer, sur un territoire donné, la violence légitime. Il n’avait pas prévu Starlink. Depuis 2022, une entreprise privée — celle d’un seul homme — conditionne, selon son bon vouloir, les communications de l’armée ukrainienne. Une multinationale qui exerce, de fait, une fonction régalienne : voilà à quoi ressemble le pouvoir au XXIe siècle, et voilà pourquoi Joseph Nye a dû inventer de nouveaux mots — soft power, sharp power, digital power — pour décrire des formes de coercition qui ne cassent jamais une seule vitre.

TikTok en est l’exemple le plus limpide : outil d’influence culturelle et, selon les chercheurs Christopher Walker et Jessica Ludwig, instrument de ce sharp power qui manipule une perception plutôt qu’il ne séduit une opinion. Washington, Pékin et Bruxelles défendent aujourd’hui trois modèles rivaux de souveraineté numérique, et aucun des trois ne maîtrise entièrement la chaîne — des données jusqu’aux terres rares qui font tourner les serveurs. Diriger une entreprise dans dix ans, ce sera choisir dans lequel de ces trois mondes on joue.

Trois violences, un seul monde — celle qu’on voit venir, la guerre ; celle qu’on subit sans la voir, la structure ; celle qu’on ne voit jamais venir, le récit qu’on nous raconte.

La vraie propédeutique

Rien de tout cela n’est une option de culture générale à cocher entre deux études de cas marketing. La chaîne d’approvisionnement, les sanctions, les contrôles à l’export, l’instabilité réglementaire : c’est devenu, au même rang que la finance ou le marketing, une compétence stratégique de premier plan. ASML, l’entreprise néerlandaise qui détient le monopole mondial de la lithographie EUV — la machine sans laquelle aucune puce avancée ne voit le jour —, l’a compris avant tout le monde : sa position n’est pas un simple avantage commercial, c’est un levier géopolitique. Toyota, qui garde six mois de stocks quand ses concurrents misent sur le flux tendu, avait vu venir la pénurie des années avant qu’elle n’éclate. Diversifier ses fournisseurs, lire un rapport de l’OMC comme on lit un bilan, repérer un risque politique avant qu’il ne devienne une ligne de pertes : voilà ce qu’on appelle, en Bachelor, la propédeutique. Le mot fait peur, l’idée est simple — c’est la grammaire qu’il faut posséder avant de pouvoir écrire une phrase qui tient debout.

C’est très exactement ce que couvrent, à l’EDHEC, les deux années de Bachelor consacrées à ces questions. En BBA1, la grammaire pure : ce qu’est un État, un gouvernement, une nation ; comment se fabriquent le pouvoir, l’autorité, la légitimité ; ce que recouvrent, au juste, le libéralisme, le conservatisme et les idéologies qui structurent encore chaque débat public. En BBA2, la syntaxe appliquée : guerre et paix, gouvernance économique mondiale, guerres commerciales, Chine et Taïwan, BRICS et multipolarité, souveraineté numérique, climat et énergie — l’entreprise elle-même comme acteur géopolitique à part entière. Et ce monde qu’on y apprend à lire, le cours se garde bien de le présenter comme une évidence : l’ordre international hérité de Westphalie et de 1945 est aujourd’hui ouvertement contesté par un Sud global qui ne l’a pas écrit et n’a pas toujours eu voix au chapitre. Comprendre le monde, ici, ce n’est pas apprendre une seule carte. C’est apprendre à lire toutes celles qui s’affrontent pour la même table.

Ce qui ne s’improvise pas

Hannah Arendt faisait une distinction que tout futur dirigeant devrait garder en tête : le pouvoir et la violence ne sont pas la même chose. La violence, expliquait-elle en substance, surgit précisément là où le pouvoir — cette capacité à agir ensemble, à convaincre plutôt qu’à contraindre — a déjà échoué. Apprendre à penser le monde en géopoliticien, ce n’est donc pas apprendre à mieux se battre. C’est apprendre à repérer, avant tout le monde, l’endroit exact où le pouvoir cède la place à la force, pour ne jamais s’y trouver en simple spectateur.

Le monde ne demandera l’avis de personne avant de rallumer une guerre commerciale, de couper un câble sous-marin ou de fermer un détroit. Vous serez peut-être aux commandes en 2027.

La vraie question n’est donc pas de savoir si la science politique et la géopolitique vous concernent.

François Birembaux enseigne la science politique en BBA1 et la géopolitique en BBA2 à l’EDHEC Business School.

C’est de savoir depuis combien de temps vous avez cessé de les regarder.

Rentrée 2026 — Chronique

Socrate vs ChatGPT

Qui gagne le match de la rentrée ?

L'IA répond en trois secondes. Nous, on réapprend à questionner.

80 %des 18-25 ans dégainent l'IA chaque semaine
41 %l'utilisent tous les jours
69 %veulent en savoir plus, pas moins
2 500 ansaprès Socrate, la question redevient l'arme

ChatGPT résume vos cours, rédige vos dissertes et répond à tout en trois secondes chrono. So what ?

On pourrait s'arrêter là, hausser les épaules, et regarder Netflix. Sauf qu'il y a un hic : pendant que la machine expédie les réponses, plus personne n'a appris à poser les questions. Et ça, c'est un problème nettement plus intéressant qu'un prompt bien tourné.

80 % des jeunes, une IA, zéro pause

Chiffre qui ne surprendra personne sous les préaux : 80 % des 18-25 ans dégainent l'IA au moins une fois par semaine, 41 % tous les jours. Ce n'est plus un outil, c'est un réflexe — au même titre que checker son téléphone au feu rouge.

Mais il y a un twist. 69 % de ces mêmes jeunes avouent qu'il va falloir en connaître un rayon en plus, pas en moins, pour ne pas se faire doubler par leur propre assistant. Le robot ne rend pas paresseux : il rend l'à-peu-près intenable.

Bienvenue dans le paradoxe 2026 : plus la machine répond vite, plus il faut penser lentement.

Socrate faisait déjà du clickbait il y a 2 500 ans

On a longtemps aimé l'élève qui savait. Celui qui sortait la bonne date, la bonne formule, la bonne référence — le champion du par-cœur.

L'IA vient de tuer ce jeu-là. Net. Sans sommation.

Quand une machine recrache en cinq secondes un plan en trois parties plus convaincant que la moitié des copies de fin d'année, la compétence rare n'est plus d'avoir la réponse. Elle est de savoir si la réponse tient debout. De la secouer un peu. De demander : et pourquoi, au juste ?

Socrate embêtait déjà tout le monde sur l'Agora avec cette manie de tout remettre en question au lieu de valider poliment. Vingt-cinq siècles plus tard, on lui donne enfin raison — grâce à un robot conversationnel, ce qui est une ironie qu'il aurait probablement adorée.

À retenir — Le vrai danger, ce n'est pas l'élève qui ne sait pas. C'est celui qui croit savoir parce qu'il a une belle réponse sous les yeux, sans avoir fait un mètre du chemin qui y mène. L'illusion de la maîtrise, sponsorisée par l'algorithme.

L'IA, copilote — jamais chauffeur

Ici, le mot d'ordre est simple, presque brutal : l'IA sert d'entraînement, pas de pilote automatique. On dialogue avec elle. On la contredit. On la prend en défaut. On lui demande de se justifier — comme à un pote un peu trop sûr de lui en soirée.

Parce qu'au fond, même le prompt le mieux troussé ne dispense de rien : pour demander quelque chose de précis à une machine, encore faut-il savoir ce qu'on cherche vraiment. Sinon, on obtient une réponse à une question qu'on ne s'est jamais posée.

Info — « L'IA récompense ceux qui réfléchissent avant de taper. » Tout est là.

Lire un livre en 2026 : le nouveau geste punk

On va vous dire un truc qui sonnera vintage : on va continuer à faire lire des vrais livres, écrire de vraies phrases, apprendre par cœur, argumenter à voix haute. Pas par nostalgie de la craie et du tableau noir.

Parce que c'est précisément ce bagage-là — cette culture qu'on a en tête, pas dans un onglet — qui permet de repérer quand la machine raconte n'importe quoi avec un aplomb déconcertant. Sans elle, on gobe une hallucination d'IA aussi facilement qu'un fait divers non vérifié.

Points clés — Lire, aujourd'hui, c'est presque un acte de résistance. Penser par soi-même, carrément un geste subversif.

Ce qu'on ne lâchera pas

Notre came, ce n'est plus juste la bonne note. C'est l'élève qui sait pourquoi il pense ce qu'il pense — et qui peut le défendre, à l'oral, devant quelqu'un qui n'est pas d'accord.

L'IA peut reformuler, simuler un contradicteur, préparer un oral, pointer une faiblesse dans un raisonnement. Très bien. Qu'elle le fasse.

Mais elle ne prendra jamais la place de ce moment précis, un peu inconfortable, où on cherche, on se plante, on recommence — et où, d'un coup, ça fait sens. Ce moment-là ne se délègue pas. Même à la meilleure IA du monde.

Le pari

Ni panique technophobe, ni fascination béate.

Apprendre avec l'IA. Résister à ses raccourcis. Garder l'esprit qui pique. Continuer, contre vents et algorithmes, à penser par soi-même.

La vraie question de 2026, ce n'est pas de savoir jusqu'où ira la machine.

Source : Ipsos BVA × Theia, avril 2026

C'est de savoir jusqu'où on est encore prêts à aller, nous.

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